L’Artiste : Une œuvre ne se termine pas

 

Jean ROUGERIE ARTISTE PEINTRE

         Une œuvre ne se termine pas, elle se poursuit.  Ce qui compte, c’est son évolution. Efflorescence, dynamisme, conquête d’un espace, accès à la durée…il importe que l’acte de peindre jamais ne se fige, qu’il laisse affleurer la vie.  Jean Rougerie  est un peintre en mouvement, attentif à ce que l’on appelle «  le présent qui s’accumule >>. Il avoue « tâtonner » dans plusieurs directions mais, c’est avec son style actuel qu’il se sent désormais le mieux en phase. S’il se reconnaît des affinités avec Henri Martin, dont il partage le goût pour les paysages de son Quercy natal, il a conscience de suivre les brisées de SEURAT, SIGNAC  mais aussi MONET et VANGOGH.

 

Jean Rougerie procède donc par touches larges appliquées à l’aide des couteaux, juxtaposant les couleurs, créant de tendres harmonies ou de lumineuses exaltations. A l’œil du spectateur d’aspirer le mélange optique des pigments, de recomposer la synthèse des éléments.

 

La démarche du peintre réside en une suite subtile d’associations, de passages. S’il avait adhéré jadis au pointillisme, c’est  qu’il lui permettait de réaliser l’osmose entre la peinture impressionniste et l’abstrait qui l’intéresse pour ce qu’il appelle le « fondu  des couleurs ». Mouvement de balancier aussi entre la rigueur de la construction et le goût de l’évasion qui confine souvent la spontanéité. Dirigeant son travail vers des réalités profondes, il a diversifié ses techniques, passant de l’aquarelle à l’huile, du papier chiffon à la toile dont il a su exploiter les textures.

 

Dans le jeu des superpositions, Jean Rougerie évite les errances. Soucieux d’enracinement, il cristallise ses travaux autour de trois mots clés : la vie, l’amour, la nature.

 

Sa confrontation avec d’autres peintres occitans, lors de diverses et nombreuses expositions en galeries,  a été des plus stimulante. Il a commencé très tôt a conjuguer la « phrase » picturale. C’est sans doute à un médecin lotois, que Jean Rougerie doit  la fringale du dessin qui, à l’âge de cinq ans devait combattre des troubles anorexiques. L’enfant passa rapidement du signe coloré anthropomorphique à une imitation plus minutieuse du réel. Jean Rougerie s’escrimait alors  a reproduire ces paysages du Quercy, entaillés par le temps, ces villages suspendus dans une calme immobilité. Sa mère lui offrit un chevalet à l’âge de 10 ans et lorsqu'il ne gambadait pas dans la campagne de GOURDON, il s’appliquait à restituer les animaux peuplant les calendriers du Chasseur Français.

 

Sa première composition d’envergure fût inspirée par l’amour platonique que l’adolescent de 12 ans offrait exclusivement à une fillette. Ce fut un décor de théâtre pour une pièce de patronage qui mettait en scène Blanche neige, mais le château que dessina Jean était bien dédié à sa « belle » Gourdonnaise.

 

La jeunesse lotoise de Jean Rougerie fut partagée entre l’apprentissage du dessin (dans un lycée technique) et les promenades picturales. Pipe en bouche, l’artiste de 15 ans peignait sur le motif les vieilles demeures ocre, les ruelles de CAHORS, les richesses de MARTEL, « la ville aux sept Tours ». Le peintre GALL lui enseigna la manière de restituer les toits du QUERCY.

 

Après des cours d’Architecture à PARIS et la perspective brisée par les événements de 1968, d’entrer à la Faculté d’Arts Plastiques de VINCENNES, Jean Rougerie se remit au tire-ligne et à l’équerre chez un Architecte de SOUILLAC puis de CAHORS où il enchaîna la réalisation de maquettes de villages.

 

Malgré les aléas de sa vie professionnelle, Jean Rougerie n’a jamais lâché son chevalet. Dans son atelier Lotois, il le conserve avec l’affection que l’on doit à un objet dont l’intimité n’a pas été effacé par la patine du temps. Rien d’étonnant à cela, l’oeuvre de Rougerie fourmille de repères, d’ancrages, de fidélités .

 

Son coin de pêche, au bord de l’Isle, prés de SAINT ASTIER, en Dordogne, le ravit comme au premier jour. Peut-être en pensant aux toiles minérales de MONET, il a restitué une compagnie de peupliers et de maisons se mirant dans l’onde en de pures vibrations lumineuses. Il éprouve le même émerveillement devant les bateaux du port de Marennes Oléron, la perspective de ses villages provençaux, une terrasse de café du côté d’Aix en Provence où le temps parait suspendu.

 

Cubiste dans des paysages où les rythmes ascendants le disputent aux lignes horizontales, évoquent la stabilité, lyrique dans ses marchés champêtres, Jean Rougerie approfondit depuis plusieurs années la veine impressionniste et emploi une technique pleine pâte sans utiliser d’adjonction autre que la peinture à l’huile pure.

 

Comme les Maîtres du genre avaient été inspirés par les motifs provençaux, l’artiste occitan a pendant plusieurs années posé son chevalet à CASSIS, captant les splendeurs des calanques ou encore le balancement des coques des bateaux, l’assemblage anguleux des mats.

 

Aussi à l’aise dans les huiles que dans les pastels, Jean Rougerie introduit de plus en plus des silhouettes humaines, ce qui se traduit dans des scènes émouvantes de paysans lotois. Et puis, ressurgit le rêve d’adolescent amoureux qui éclate dans cette toile où une jeune femme à la chevelure juvénile remet sa robe en état, face à la fenêtre ouverte de la liberté recherchée. Longtemps couleur fétiche, le vert est peu à peu supplanté par les jaunes, les oranges et les bleus. Mais, au-delà des tonalités différentes, demeure l’inextinguible soif de peindre.

 

 

 

                                                                       HENRI BEULAY